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    Nantes : la seconde jeunesse des librairies indépendantes

    Les librairies indépendantes nantaises font de la résistance. Les librairies indépendantes nantaises font de la résistance.

    Il y a tout juste un an, la librairie de la chaîne Chapitre baissait son rideau dans l'ancien marché couvert de Feltre, à Nantes. Parallèlement, les 22 indépendantes nantaises vivent une seconde jeunesse. Que ce soit Durance et Coiffard, les historiques, ou Les Biens-Aimés et La Vie Devant Soi, les nouvelles venues. Comment font-elles ? Voyage entre étagères boisées et quatrième de couverture.

    Ce sont les échoppes les plus anciennes des villes. Leurs noms sont des marqueurs d'une époque ; leurs devantures, des repères pour l'habitant-lecteur. À Nantes, on compte aujourd’hui 22 librairies indépendantes (dont dix ont le label Librairie indépendante de référence, LiR). Elles sont majoritairement concentrées à moins de 300 mètres du cours des 50 otages.

    La doyenne, Durance, est un magasin de livres anciens acquis en 1858 par Léon Durance au 5 allée d'Orléans, donnant alors sur l'Erdre. La cadette, avec La Vie Devant Soi au fronton, a ouvert il y a quatre mois rue du Maréchal Joffre, derrière la cathédrale. "Je voulais relever le défi d'une énième librairie à Nantes, glisse la néo-patronne, Charlotte Desmousseaux, l'enthousiasme en bandoulière. Mon objectif est vraiment la démocratisation du livre, que les gens n'aient pas peur de pousser la porte de la librairie. J’espère qu'on arrive à les amener à la lecture par le bouche à oreille".

    L’amour à trois

    Les Nantais bénéficient d’un robuste réseau de revendeurs de livres indépendants. Sixième ville de France en population, la cité des ducs de Bretagne est quatrième en nombre de librairies comme en nombre d’habitants pour une librairie (13 305), devant Nice ou Toulouse, pourtant plus peuplées, et devant Rennes.

    "C'est une ville un peu particulière, car il n'y a pas une grosse librairie qui draine l'essentiel de la clientèle. Trois généralistes, dont deux anciennes et une plus récente, cohabitent". Lunettes professorales posées sur le nez, Daniel Cousinard, qui dirige Durance depuis deux décennies (lire aussi sa tribune sur les librairies indépendantes), nous fait visiter les 500 m2 de dédales sans allée centrale où sont stockés quelque 80 000 titres.

    "Chaque client est souvent lié à l'histoire d'une librairie en particulier. Nous avons par exemple une clientèle familiale, héritée de générations de clients venus acheter des livres scolaires et universitaires." Durance côtoie la huppée Coiffard, ouverte en 1919, et, depuis 1980, Vent d’Ouest, étiquetée intellectuelle. Un ordre d’implantation qui correspond aussi à celui de leurs chiffres d’affaires : respectivement 4.72, 3.78 et 1.68 millions d’euros l’année dernière.

    "La configuration du centre-ville de Nantes a aussi son importance : il est limité à un petit périmètre pour l'activité commerciale ,mais sans vraie place centrale." Ailleurs en province, une grande structure indépendante s’est imposée à proximité ou sur la principale place de l’agglomération : Mollat à Bordeaux, Le Furet du Nord à Lille, Kléber à Strasbourg.

    Leclerc au tribunal

    Les Merel, de la librairie Aladin. Les Merel, de la librairie Aladin

    Autre incongruité, la Fnac ne s’est installée qu’en 1996 place du Commerce. Nantes était jusqu'alors la seule grande ville française à ne pas accueillir le Gargantua du produit culturel. Moyennant un coup de pouce de la CCI – propriétaire du Palais de la Bourse – 3 300 m² de rayons ont été aménagés avec 80 000 références de livres (il y en a bien moins aujourd’hui). "Nous n'avons pas beaucoup apprécié cette arrivée", euphémisent Georges et Maryse Merel, qui tiennent depuis près de 40 ans Aladin, librairie spécialisée en BD. La menace pour les indépendants est évidente ; comme un symbole, l’arrière-boutique de Coiffard touche quasiment la Fnac. Mais chacun a eu le temps de s’organiser et de s’enraciner...

    La belle boutique à la façade anglaise et aux boiseries d’époque anticipe en ouvrant quelques années plus tôt un "Tome II", seconde boutique dédiée aux livres de poche et au voyage. Durance suit le mouvement avec un agrandissement de 10 % de sa surface en 1996. Vent d’Ouest clôt la marche en ouvrant une antenne à l’intérieur du Lieu Unique en 2000. Ce qui n’est pas sans provoquer un tiraillement identitaire. "Coiffard, ils sont désormais là pour faire de la masse et du chiffre. Ça se transforme en une jolie Fnac quoi...", persifle un acteur du livre ligérien.

    Mais les indépendantes ripostent aussi par l’action collective. L’association Librairies complices de Nantes fédère dix d’entre elles avec une carte de fidélité commune depuis 15 ans, "parce que voir des copains mourir ne fait pas rigoler". Parfois, le bras de fer avec les grandes enseignes se joue sur la table judiciaire. Le 5 septembre 1995, quatre plaignants, dont Aladin et Canal BD, font condamner les Leclerc d’Atlantis et Paridis pour non-respect de la loi Lang. Le jugement du Tribunal de Commerce de Nantes est sévère : arrêt immédiat de la vente des BD soldées et 100 000 francs de dommages et intérêts pour chacun des requérants.

    Un acte fondateur pour Georges Merel, propriétaire d'Aladin : "une fois qu’on a fait de la "pédagogie" sur le prix unique du livre auprès des clients, tout est plus facile". Daniel Cousinard poursuit le raisonnement : "la librairie indépendante offre un plus auquel les gens sont attachés. C'est le conseil, la relation avec le libraire… car l'algorithme qui dit "si vous achetez tel livre, vous aimerez tel auteur", ça n'a pas de sens ! Nous organisons aussi de plus en plus d'animations, de rencontres avec les auteurs. Il y a vingt ans, on venait chez nous pour trouver une référence précise, aujourd'hui on vient pour tout ce qu'il y a autour du livre". D’où les fermetures des Chapitre ou autres Virgin, chaînes positionnées sur un invivable entre-deux.

    "Être archi pointu, ça ne suffit plus pour manger"

    À l’ombre de l’église Sainte-Croix, la librairie Les Biens-Aimés, ouverte il y a deux ans, se développe avec originalité "autour du livre". Chaleureux bar-salon-de thé-cantine, c’est également une mine de littérature et de cinéma, les passions respectives des deux fondatrices, Géraldine Schiano de Colella et Cécile Menanteau. Proximité, lien social, avec trois quarts de clients du quartier : le pari est aussi gagnant pour Charlotte Desmousseaux. Comme chez Les Biens Aimés, elle s’appuie sur le vivier des auteurs, dessinateurs et illustrateurs de Bretagne et Pays de la Loire. 60 d’entre eux ont soutenu son installation. Derrière la caisse de La Vie Devant Soi, la jeune femme reste pourtant lucide : "les personnes qui ne vont plus chez Amazon et achètent chez nous sont quelque part déjà sensibilisés. Il y a encore du boulot, nous ne sommes pas au bout de nos peines !".

    Les indicateurs sont tout de même encourageants. Selon le Syndicat de la librairie française (SLF), le marché du livre a progressé de 2,7 % chez les indépendants en 2015, renouant avec une croissance disparue en 2009. Tempérés comme le climat nantais, les professionnels rencontrés qualifient l’année écoulée de "bonne". Revers de la médaille, une certaine uniformisation de l’offre est en cours du côté des "petits" libraires. "Chacun a sa sensibilité, mais on retrouve souvent les mêmes bouquins sur les présentoirs. C’est très difficile d’être original. Être archi pointu, ça ne suffit plus pour manger. Nous-mêmes, nous sommes passés de librairie spécialisée BD à généraliste de la BD", expliquent en cœur Georges et Maryse Merel.

    Le temps n’est plus à l’ultra-spécialisation, comme du temps de la Librairie 71 (politique) ou de Beaufreton (scolaire/universitaire), mais à la (re)conquête des territoires. En périphérie immédiate de Nantes, les libraires indépendants se font rares : on en recense… deux. Bouguenais, Carquefou, Chantenay, Rezé ou Saint-Herblain attendent le leur. Au printemps 2014, un nouveau projet a fleuri du côté de Vertou : Lise Et Moi (Anne-Lise Potet et Marion Legrand). L’appel du marque-page, en somme.

     

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    Thibault Dumas
    Thibault Dumas

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